Si le rouge et le noir sont les couleurs phare du maquillage, que pensez-vous du vert ? C’est avec une épaisse couche de bizarre sur fond de rock et d’electro que le groupe La Poison s’est façonné une image unique, aux frontières du burlesque.
La Poison (Crédits photo : Emmanuelle Fousset).
Trio formé en 2015 à Paris, La Poison est loin d’être un groupe débutant. Ses membres ont même une sacrée carrière rock derrière eux. Le guitariste Daniel Jamet alias Fugu Shima fut de la création de Mano Negra en 1991, tandis que David Menard, dit Lars Sonik, fut le batteur du groupe cabaret punk Maximum Kouette pendant plus de 9 ans aux côtés de la chanteuse Moon. Nourri du rock déjanté des B52’s ou de Devo et du punk ska enjoué de Madness, La Poison propose un univers musical visuel burlesque et légèrement horrifique qui rappelle l’opéra rock glam du Rocky Horror Picture Show (1975). Moon occupe la place centrale, créature dominatrice au teint pâle et aux grands yeux noirs fabriquée par deux compères, petits hommes verts et âmes damnées. Avec La Poison on goûte à la science fiction, aux films de séries B et à la quatrième dimension, le tout sur fond d’electro rock baroque à l’humour ravagé.
L’esthétique étrange du burlesque s’affiche (via Etsy).
Mouvement artistique aux origines lointaines, le burlesque se répand dans le monde des cabarets, du cirque et des spectacles populaires du XIXème aux Etats-Unis et en Europe même si le mot vient de l’italien « burla », la farce qui faisait rire les spectateurs de la Commedia dell’ Arte. Il est là pour faire rire en introduisant une bonne dose de ridicule, d’absurde et de décalage. Les freaks (monstres en anglais) sont les bienvenus dans les spectacles burlesques : femmes à barbe, clowns, siamois. Plus c’est étrange, plus le public en redemande. Le burlesque devient contre-culture qui fait la part belle aux marginaux et aux arts alternatifs (tatouage, rock, spectacles sexy) et donc aux esthétiques les plus osées (ici on ne lésine pas sur le maquillage). Avec le burlesque, les frontières de la norme sont détournées ; le beau est le bizarre.
« Shake It », c’est une envie irrépressible de danser dans une énergie spontanée chère à l’esprit punk et electro de La Poison. Cette mélodie de l’espace aux rythmes euphorisants puise dans des racines rock’n roll. Elle s’accompagne du chant de Moon qui s’amuse aussi bien du français que de l’anglais. Le message de La Poison est clair : embrasez les dancefloors jusqu’à la fin du monde ! Le vidéo clip est une riche galerie de clins d’œil aux références télé et cinéma rétro du groupe qui prend un malin plaisir à s’incruster dans tous ces classiques, inventant une partie de « Où est Charlie ? » décapant. Puissance sonore, rythmes efficaces, chant généreux et électrisant… « Shake It » est à l’image de La Poison, un antidote au cafard.
Né en 1948 à Detroit, Vincent Damon Furnier a su manier le scandale, la provocation et le dégoût avec habilité pour installer son double maléfique, l’inquiétant Alice Cooper, au panthéon des légendes du rock. Ce fil de pasteur fin mélomane et fou de rock’n roll a pourtant eu des débuts difficiles. Comme beaucoup de garçons de sa génération, il monte un groupe de reprises avec ses potes, tâtonne, se cherche… avant de former Alice Cooper. Le groupe crée un rock monstrueux, traquant toutes les failles de la si parfaite classe moyenne américaine pour mieux la souiller, débusquer ses hypocrisies et sa violence. Ses concerts sont de vraies performances horrifiques pensées pour choquer le public dans la pure veine du shock rock. Public qui en redemande. Au milieu de guillotines, de chaises électriques, de maquillages outranciers, Vincent incarne le personnage d’Alice, affreux et excentrique. Pas étonnant que le groupe soit signé par Frank Zappa en 1969, séduit par son exubérance.
L’influence d’Alice Cooper grandit aux États-Unis, même si Vincent Furnier et ses complices ont du mal à se trouver musicalement. L’arrivée de Shep Gordon, manager, et surtout du producteur et ingénieur son Bob Ezrin va changer la donne. Alice Cooper enregistre son premier grand tube “I’m Eighteen” en 1971, figurant sur l’album Love It To Death qui cartonne. Suivra l’album Killer qui assiéra la stature du groupe, mais c’est avec School’s Out, cinquième album sorti en 1972, qu’Alice Cooper devient le fer de lance pervers d’un genre de rock nouveau, puissant, dur et colérique : le hard rock. Le succès du groupe est désormais mondial ; la voix de Vincent Furnier, dure et éraillée comme le son d’une craie sur un tableau, est inoubliable. L’Amérique bon teint est soufflée par la rage de cette jeunesse aussi brillante que désaxée, avide d’excès en tous genres.
La figure de Cooper/Furnier prend de plus en plus de place, entrainant la dissolution du groupe au profit de Vincent désormais seul à pouvoir incarner son personnage. Alice Cooper devient solo, mais après quelques années, blasé, aux prises avec des problèmes d’alcool et de drogues, finit par lasser et accuse un passage à vide. Il renoue avec le succès en 1989 avec “Poison” ou des albums comme Hey Stoopid en 1991. Il collabore avec de nombreux musiciens de la scène hard rock et metal comme Aerosmith, Bon Jovi, Slash, Joe Satriani, Ozzy Osbourne. Ce golfeur émérite est intronisé au Rock and Roll of Fame en 2011. Un trophée de plus pour ce mauvais génie devenu une des icônes les plus respectées de l’histoire du rock.